Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/247

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l’Esprit-Saint, visiteur des os des morts, qui eût le pouvoir de la faire éclater ainsi dans l’interminable confrontation !…

Les riches ont horreur de la Pauvreté parce qu’ils ont le pressentiment obscur du négoce piaculaire impliqué par sa présence. Elle les épouvante comme le visage morne d’un créancier qui ne connaît pas le pardon. Il leur semble, et ce n’est pas sans raison, que la misère effroyable qu’ils dissimulent au fond d’eux-mêmes pourrait bien rompre d’un coup ses liens d’or et ses enveloppes d’iniquité, et accourir tout en larmes au-devant de Celle qui fut la Compagne élue du Fils de Dieu !

En même temps, un instinct venu d’En Bas les avertit de la contagion. Ces exécrables devinent que la Pauvreté, c’est la Face même du Christ, la Face conspuée qui met en fuite le Prince du Monde et que, devant Elle, il n’y a pas moyen de manger le cœur des misérables au son des flûtes ou des haut-bois. Ils sentent que son voisinage est dangereux, que les lampes fument à son approche, que les flambeaux prennent des airs de cierges funèbres et que tout plaisir, succombe… C’est la contagion des Tristesses divines…

Pour employer un lieu commun dont la profondeur déconcerte, les pauvres portent malheur, en le même sens que le Roi des pauvres a déclaré qu’il était venu « porter le glaive ». Une tribulation imminente et certainement épouvantable est acquise à l’homme de joie dont un pauvre a touché le vêtement et qu’il a regardé les yeux dans les yeux.