Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/248

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C’est pourquoi il y a tant de murailles dans le monde, depuis la biblique Tour qui devait cogner le ciel, — Tour si fameuse que le Seigneur « descendit » pour la voir de près, — et qu’on bâtissait sans doute afin d’écarter éternellement les Anges nus et sans domicile qui erraient déjà sur la terre.


II


Cinq ans plus tard. Clotilde est maintenant la femme de Léopold. Gacougnol est mort. Marchenoir est mort. Un petit enfant est mort. Et de quelles horribles morts !

En attendant son mari, son cher mari qu’elle se reproche d’aimer autant que Dieu, elle lit la Vie des Saints. Sa préférence est pour ceux qui ont versé leur sang, qui ont enduré d’horribles tortures. Ces histoires de Martyrs la comblent de force et de douceur, surtout lorsqu’elle a la chance de tomber sur quelques-uns de ces candides fragments de leurs Actes sincères, tels que la relation de sainte Perpétue ou la fameuse lettre des églises de Vienne et de Lyon, miraculeusement préservés de la sucrerie démoniaque des abréviateurs.

Alors, elle se sent appuyée à une colonne et peut regarder en arrière.

La voici justement qui ferme son livre, aveuglée de larmes et le visage tout en pleurs.