Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/255

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III


Leur mariage avait été un poème bizarre et mélancolique. Dès le lendemain de la mort de son protecteur, Clotilde était retombée dans la misère.

Un psychologue fameux, enfant de pion par droit de naissance et d’une jeunesse éternellement désarmante, a décidé souverainement que les douleurs des pauvres ne sauraient entrer en comparaison avec les douleurs des riches, dont l’âme est plus fine et qui, par conséquent, souffrent beaucoup plus.

L’importance de cette appréciation de valet de chambre est indiscutable. Il saute aux yeux que l’âme grossière d’un homme sans le sou qui vient de perdre sa femme est amplement réconfortée, tranchons le mot, providentiellement secourue par la nécessité de chercher, sans perdre une heure, un expédient pour les funérailles. Il n’est pas moins évident qu’une mère sans finesse est vigoureusement consolée par la certitude qu’elle ne pourra pas donner un linceul à son enfant mort, après avoir eu l’encouragement si efficace d’assister, en crevant de faim, aux diverses phases d’une maladie que des soins coûteux eussent enrayée.

On pourrait multiplier ces exemples à l’infini, et il est malheureusement trop certain que les subtiles banquières ou les dogaresses quintessenciées du haut négoce qui s’emplissent de gigot d’agneau et s’infiltrent de précieux