Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/256

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vins, en lisant les analyses de Paul Bourget, n’ont pas la ressource de cet éperon.[1]

Clotilde, qui ne savait pas un mot de psychologie et qu’une longue pratique de la pauvreté parfaite aurait dû blinder contre l’affliction du cœur, — exclusivement dévolue à l’élégance, — eut, cependant, l’inconcevable guignon de souffrir autant que si elle avait possédé plusieurs meutes et plusieurs châteaux. Il y eut même, dans son cas, cette anomalie monstrueuse que les affres du dénûment, loin d’atténuer son chagrin, l’aggravèrent d’une manière atroce.

Bravement, elle entreprit de gagner sa vie. Mais la pauvre fille en était peu capable. Son nom, d’ailleurs, ne la recommandait pas. Elle était devenue une héroïne de cour d’assises, proie désignée au sadisme ambiant. Puis, elle avait tellement sur sa figure la plaie de sa vie, le carnage de ses entrailles, la transfixion de son sein !…

Nulle assistance possible ou acceptable du côté de ses amis. Vers le même temps, Marchenoir se débattait plus que jamais lui-même entre les griffes du Sphinx aux mamelles de bronze et au ventre creux, dont il ne put

  1. Paul Bourget !!! Ô pauvres putains affamées ! lamentables filles, prétendues de joie, qui vagabondez sur les trottoirs, à la recherche du vomissement des chiens ; vous qui, du moins, ne livrez à la paillardise des gens vertueux que votre corps dévasté et qui, parfois, gardez encore une âme, un reste d’âme pour aimer ou pour exécrer ; — que direz-vous de ce greluchon de l’impénitente Sottise, quand viendra le terrible Jour où les Hécubes de la terre en flammes devront aboyer, devant Jésus, leurs épouvantables misères ? — Léon Bloy : Belluaires et Porchers. (Inédit.)