Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/27

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Çà et là, le long des murs, dans les intervalles des guenilles, quelques cadres étaient appendus. Évidemment, on se serait indigné de n’y pas trouver la fameuse gravure, si chère aux cœurs féminins, Enfin, seuls ! dans laquelle on ne s’arrête pas d’admirer un monsieur riche qui serre, décidément, dans ses bras, sous l’œil de Dieu, sa frémissante épousée.

Cette gravure de notaire ou de fille en carte était la gloire des Chapuis. Ils avaient amené un jour un cordonnier de Charenton pour la contempler.

Le reste, — d’effrayantes chromolithographies achetées aux foires ou délivrées dans les bazars populaires, — sans s’élever jusqu’à ce pinacle esthétique, ne manquait pas non plus d’un certain ragoût, et, surtout, de cette distinction plus certaine encore dont la mère Chapuis raffolait.

Cette gueuse minaudière était une des plus décourageantes incarnations de l’orgueil imbécile des femmes, et la carie contagieuse de cet « os surnuméraire », suivant l’expression de Bossuet, aurait fait reculer la Peste.

Elle était enfant naturelle d’un prince, disait-elle mystérieusement, d’un très noble prince, mort avant d’avoir pu la reconnaître. Elle n’avait jamais voulu dire le nom du personnage, ayant déclaré sa résolution d’ensevelir ce secret glorieux dans le plus intime de son cœur. Mais toutes ses hauteurs de chipie venaient de là.

Personne, bien entendu, n’avait entrepris la vérification de cette origine. Il fallait pourtant qu’il y eût quelque chose de vrai, car la quinquagénaire faisandée qui concubinait