Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/271

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éducation. Vous allez faire vos malles rapidement et vous partirez dans une heure.

Une montée de colère me suffoqua, d’entendre parler ainsi de ce que j’adorais. Puis, sans pouvoir deviner la véritable pensée de ce monstre, je le connaissais trop bien pour ne pas sentir que le ton de sarcasme qu’il affectait cachait quelque chose d’horrible, mais combien horrible ! grand Dieu ! comment aurais-je pu le prévoir ? Je pris la lettre et la déchirai en plusieurs morceaux.

— Partir dans une heure ! m’écriai-je, hurlant comme un sauvage. Tenez ! voilà le cas que je fais de vos ordres et voilà mon respect pour votre correspondance ! Oh ! vous pouvez m’assassiner comme vous avez assassiné ma mère et comme vous avez assassiné tant d’autres. Ce sera plus facile que de me dompter.

— Fils de chienne ! gronda-t-il, courant sur moi.

Je n’avais pas le temps de fuir et je me croyais déjà mort, lorsqu’il s’arrêta. Voici ses paroles exactement, ses paroles impies, exécrables, venues de l’Abîme :

— Cette Antoinette avec qui tu as couché, triste cochon, et que j’ai fait élever moi-même, avec tant de soin, par une vieille cafarde, pour qu’un jour elle devînt mon petit succube le plus excitant, sais-tu qui elle est ? Non, n’est-ce pas ? tu ne t’en doutes guère, ni elle non plus. J’étais informé, heure par heure, de ce qui se passait entre vous deux. Mais il ne me déplaisait pas que l’inceste préparât l’inceste, car je suis son père et tu es son frère !…