Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/275

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devinrent des fontaines. Les sanglots suivirent, de rauques et de lourds sanglots, venus des endroits profonds, qui le secouèrent comme un roulis.

La pauvresse, très doucement et sans parler, lissa du bout de ses doigts la crinière de ce lion affligé, attendit que la véhémence des pleurs se fût amortie, ensuite se pencha tout à fait vers lui, à la manière des fleurs qui n’en peuvent plus d’être sur leur tige, et, brisée elle-même de tendresse, emprisonnant des deux mains cette tête chère, lui dit à l’oreille :

— Pleure, mon bien-aimé, tant que tu pourras et tant que tu voudras. Pleure chez moi, pleure au fond de moi, pour ne plus jamais pleurer, sinon d’amour. Nul ne te verra, mon Léopold, je te cache et je te protège…

Tu m’as demandé ma réponse. La voici Je suis incapable de vivre et même de mourir sans toi. Rentrons ce soir, pleins d’allégresse, dans ce Paris éblouissant. C’est pour nous qu’on l’illumine et qu’on le pavoise. Pour nous seuls, je te le dis, car il n’y a pas de joie comme notre joie et il n’y a pas de fête comme notre fête. C’est ce que je ne comprenais pas, sotte que j’étais ! quand nous nous rencontrâmes, il y a quelques heures, dans le bienheureux jardin.

… Écoute-moi, maintenant, mon amour. Tu iras trouver, demain, un pauvre prêtre que je t’indiquerai. Il a le pouvoir d’arracher de ta poitrine ce vieux cœur qui te fait tant souffrir et de te donner à la place un cœur nouveau… Après cela, si tu es diligent, qui sait ? nous recevrons peut-être le