Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/274

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de tripes de chevaux, de cervelles d’hommes, de débris sanglants ou calcinés.

La guerre finie et mon père mort, je réalisai sa damnée fortune et l’employai tout entière, sans en réserver un centime, à l’organisation d’une caravane expéditionnaire au cœur de l’Afrique centrale, dans une région inexplorée jusqu’alors, entreprise des plus audacieuses dont j’avais le projet depuis longtemps.

Le peu que vous en avez appris chez Gacougnol, qui se plaisait à m’interroger, a pu vous faire entrevoir tout le poème. La plupart de mes compagnons y sont restés. Une fois de plus, la mort, prise de force, violée avec rage, bafouée comme une macaque, m’a dit : Non ! et s’est détournée de moi en ricanant.

Revenu sans le sou, j’ai essayé de tromper mon vautour. D’aventurier, je me suis fait artiste. Cette transposition, radicale en apparence, de mes facultés actives, semblait avoir, au contraire, exaspéré sa fureur, quand vous apparûtes, enfin, ô Clotilde ! sur ma route affreuse…

J’ignore ce que votre cœur décidera, après ce que vous venez d’entendre, mais si je vous perds maintenant, ma situation sera cent fois plus épouvantable. Ne m’abandonnez pas ! Vous seule pouvez me sauver !

Clotilde s’était rapprochée du malheureux jusqu’à le tenir presque dans ses bras. Il se laissa crouler à terre, mit sa tête sur les genoux de la simple fille, et ses yeux, qu’on aurait pu croire plus arides que les citernes consumées dont est parlé dans le Prophète lamentateur,