Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/280

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permission de jouir de votre mari, et il serait téméraire de prétendre que l’acte par lequel vous allez peut-être concevoir un fils n’importe pas à la translation des globes.

« Je ne prétends rien, ô héritière de l’Éternité, sinon de vous suggérer une aperception telle quelle de l’Heure qui passe. L’Heure qui passe ! Voyez-vous ce défilé de soixante Minutes frêles aux talons d’airain dont chacune écrase la terre…

« Le recueillement de votre chambre nuptiale, savez-vous de quoi il est fait ? Je vais vous le dire. Il est fait de plusieurs milliards de cris lamentables si prodigieusement simultanés et à l’unisson, par chaque seconde, qu’ils se neutralisent d’une manière absolue et que cela équivaut à l’inscrutable Silence.

« En d’autres termes, c’est l’occasion, sans cesse renouvelée, pour votre Sauveur perpétuellement en croix, de proférer ce Lamma Sabacthani qui ramasse et concentre en lui tout gémissement, tout abandon, toute angoisse humaine et que, seul, peut ouïr, du fond de l’Impassibilité sans commencement ni fin, Notre Père qui est dans les cieux ! »


VII


Les trois premières années de mariage furent heureuses, au delà de ce qui peut être dit ou chanté sur les instruments ordinaires.

Léopold et Clotilde se fondirent tellement l’un dans