Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/286

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Délivré par Clotilde, en une seule fois, de tout ce qui pouvait faire obstacle à Dieu, il n’avait eu qu’à laisser toute grande ouverte la porte, si longtemps fermée, par où cette victorieuse était entrée dans son cœur. Alors, tout ce qui peut liquéfier le bronze des vieilles idoles s’était précipité derrière elle.

Il est raconté que le saint pape Deusdedit guérit un lépreux en lui donnant un baiser. Clotilde avait renouvelé le prodige, avec cette différence qu’elle-même avait été guérie en même temps que son lépreux, et que, désormais, ils n’avaient pas mieux à faire, l’un et l’autre, que de rendre grâces, à n’en plus finir, dans la pénombre d’une petite chapelle d’amour attiédie par une verrière de pourpre et d’or où la Passion du Christ était peinte.

De même qu’au Sacrement des malades, médecine du corps et de l’âme, dit le rituel, Léopold, béni par le prêtre, juxta ritum sanctæ Matris Ecclesiæ, avait été visité dans tous ses sens, touché comme d’une onction sur ses yeux cruels qui n’avaient pas vu la Face de pardon ; sur ses oreilles inattentives qui n’avaient pas entendu les « gémissements de l’Esprit-Saint » ; sur ses narines de bête féroce qui n’avaient pas odoré les fragrances de la Volupté divine ; sur le « sépulcre » de sa bouche qui n’avait pas mangé le Pain vivant ; sur ses mains violentes qui n’avaient pas aidé à porter la Croix du Seigneur ; sur ses pieds impatients qui avaient marché partout, excepté vers le Saint Tombeau.

Le mot, d’ailleurs si prostitué, de conversion, appliqué