Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/301

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maison. Il alla supplier la concierge de le remplacer auprès de sa femme et prit la fuite comme un insensé. Quelques heures après, muni d’une légère somme, à quel prix obtenue ! il revenait juste assez tard pour être privé de la consolante occasion de casser les reins au médecin des morts.

Ce personnage fantastique, évoqué par son absence, était sur le point de partir. On pouvait contempler en lui un de ces ratés sinistres et sans pardon, incapables de diagnostiquer une indigestion, que délègue la compétence municipale pour légaliser le trépas des citoyens, condamnés ainsi, quelquefois, à recommencer leur agonie sous six pieds de terre. Les entrepreneurs de pompes funèbres, qui ont toujours le mot pour rire, l’avaient surnommé le bourreau du XIVe arrondissement.

Clotilde avait eu la vision soudaine d’une sorte d’avoué ou d’huissier du corbillard, à graisse jaune et à favoris couleur de rouille, sur l’ignoble mufle de qui se mouvait continuellement une verrue grisâtre assez comparable à un gros cloporte.

Le goujat, se voyant chez des pauvres, était entré en gueulant et, sans même ôter son chapeau, avait, un moment, palpé, retourné de sa profanante main le petit corps lamentable, puis, regardant la mère suffoquée de tant de crapule, avait dit en ricanant ces inconcevables mots :

Ah ! ah ! vous pleurez, maintenant que c’est fini !

Oui vraiment, c’était un coup de chance pour la peau du chien que Léopold n’eût pas entendu cela !