Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/302

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Aussitôt après, il demanda, avec l’autorité d’un garde-chiourme, qu’on lui montrât les ordonnances, devinant, sans doute, que ces pièces n’existaient pas. Clotilde, qui avait le cœur exactement au bord des lèvres, parvint cependant à répondre qu’à la vérité l’enfant avait paru languir les derniers jours, mais que, l’ayant guéri elle-même plusieurs fois de tel ou tel malaise analogue, elle n’avait pas même songé à l’intervention dangereuse d’un médecin et qu’au surplus, la crise finale s’était produite au milieu de la nuit d’une manière si foudroyante qu’il eût été impossible d’invoquer un secours humain.

L’autre, irrité de cette réponse et qui semblait avoir pris l’air de la baraque diabolique, évacua des choses imprécises, mais d’une insolence plus ferme, et qui tendaient au certificat d’un soupçon horrible, ayant soin de mettre en valeur les mots de négligence criminelle, de grave responsabilité, etc.

— Finissons-en, Monsieur ! dit la chrétienne avec force. Il n’est arrivé que ce que Dieu a voulu et je n’ai que faire de vos discours insultants. Si mon mari était là, vous ne me parleriez pas ainsi.

À ce moment Léopold rentrait. Un coup d’œil lui fut assez. Sans desserrer les lèvres ni faire un geste, il braqua sur le ruffian une si congédiante face que celui-ci roula vers la porte comme un torche-cul balayé du vent.

À la mairie, l’employé du bureau des décès déclara à Léopold que l’heure de l’enterrement ne pouvait être fixée, le rapport du médecin nécessitant une enquête, et qu’on