Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/304

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Marchenoir seul fut présent. Druide, informé trop tard, ne put être rencontré qu’au retour. Ces quatre créatures d’exception pleurèrent ensemble dans la maison désolée et abominable.

Puis, ce qu’on ose appeler la Vie reprit tranquillement son cours.


XII


Léopold et Clotilde avaient été heureux trois ans. Trois ans ! Il fallait payer cela et ils virent bientôt que la mort de leur enfant ne suffisait pas. Songeant que leur part de joie dans le triste monde avait bien pu représenter les délices de dix mille hommes, ils se demandèrent si n’importe quoi suffirait jamais.

Il y avait d’abord ce logis odieux, ce cabanon de pestilence et d’effroi qu’ils ne pouvaient fuir sur-le-champ, où la misère les condamnait à l’atrocité inexprimable d’un deuil puant.

Qu’on se représente l’horreur démoniaque de ceci. Au moment où les croque-morts allaient le coucher dans sa bière, Clotilde avait voulu baiser une dernière fois son petit Lazare que ne ressusciteraient les larmes d’aucun Dieu, et l’infâme vapeur qui l’avait tué, rôdant alors autour de ce front charmant, avait failli la suffoquer.

Pourquoi cette souffrance hideuse ? Pourquoi cette affliction de réprouvés ? ô Seigneur ! On ne refusait pas