Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/305

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de souffrir, mais souffrir précisément comme cela ! Était-ce possible ?

L’inexplicable fétidité parut devenir plus dense, plus lourde, plus tenace, plus lente. Ils la trouvèrent à la fois partout. Elle imprégnait leurs vêtements et courait avec eux dans Paris, sans que pluie ou gel pût la dissiper. Ils en vinrent à supposer un cadavre caché dans quelque épaisseur de maçonnerie, conjecture que rendait singulièrement plausible le caractère spécial des visions ou des cauchemars qui ne cessaient de harceler Clotilde, aussi bien dans sa veille que dans son sommeil. C’était à croire qu’un crime avait dû se consommer là et qu’en cherchant bien, on en trouverait des traces.

Léopold écrivit au propriétaire une lettre véhémente qui n’eut d’autre pouvoir que de faire apparaître la plus répugnante figure de basse fripouille.

C’était un marchand d’habits décrochés, un lessiveur de vieux pantalons, un mastoc frotté de pommade qui pouvait passer pour avoir été construit avec des quartiers de viande juive et des rognures volées à quelque fondoir, monstrueusement surcollés à une carcasse de souteneur parisien. Une énorme pipe de maquignon cossu et batifolard, toujours fumante à sa gueule, et toute une bijouterie contrôlée sur les boulevards extérieurs, complétaient sa physionomie.

Le drôle trouva Clotilde seule, salua d’un tout petit geste protecteur, sans se découvrir ni retirer son brûlot, frotta sur le parquet ses bottes boueuses, fit quelques pas