Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/315

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toutes les menaces étaient sur eux. La vue de Léopold s’affaiblissait de jour en jour, et le sphinx de la subsistance quotidienne se faisait indevinable de plus en plus.

Sur le conseil d’un éditeur qui lui faisait de chiches avances, il venait d’entreprendre une divulgation littéraire de son mystérieux et tragique pèlerinage au Centre africain. Raisonnablement on pouvait espérer le succès de la tentative, mais quelle besogne pour un malheureux qui n’avait jamais écrit !

Son étonnante femme l’aidait de toutes ses forces, de toute l’intuition de son âme, écrivant sous sa dictée, l’aidant à porter, à classer les matériaux ; lui faisant remarquer parfois de lumineuses corrélations qui amplifiaient les épisodes jusqu’à leur donner un sens d’humanité générale ; rectifiant, avec une spontanéité incroyable, la pensée par l’expression, et révélant au narrateur la magnificence évocative de certaines images qu’il avait lui-même conçues.

Autant qu’il était possible, ce fut, en une nouvelle manière, l’enluminure continuée pour Léopold qui ne cessait de bénir et d’admirer sa compagne. Malheureusement, ce travail d’érection d’une pyramide par deux enfants n’avançait qu’avec une extrême lenteur. Trop souvent aussi il fallait tout lâcher pour se mettre à la recherche d’un morceau de pain.

Ils songèrent à consulter Marchenoir, qui ne se montrait plus depuis quelque temps. Ils venaient même de lui