Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/320

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cette famélique bouche d’or désormais absente, de donner le spectacle de la compassion fraternelle à ces tristes yeux dont l’orbite même aurait disparu.

« Ne pas rendre justice aux vivants ! écrivait Hello. On se dit : Oui, sans doute, c’est un homme supérieur. Eh ! bien, la postérité lui rendra justice.

« Et on oublie que cet homme supérieur a faim et soif pendant sa vie. Il n’aura ni faim ni soif, au moins de votre pain et de votre vin, quand il sera mort.

« Vous oubliez que c’est aujourd’hui que cet homme supérieur a besoin de vous, et que, quand il se sera envolé vers sa patrie, les choses que vous lui refusez aujourd’hui et que vous lui accorderez alors lui seront inutiles désormais, à jamais inutiles.

« Vous oubliez les tortures par lesquelles vous le faites passer, dans le seul moment où vous soyez chargé de lui !

« Et vous remettez sa récompense, vous remettez sa joie, vous remettez sa gloire, à l’époque où il ne sera plus au milieu de vous.

« Vous remettez son bonheur à l’époque où il sera à l’abri de vos coups.

« Vous remettez la justice à l’époque où vous ne pourrez plus la rendre. Vous remettez la justice à l’époque où lui-même ne pourra la recevoir de vos mains.

« Car il s’agit ici de la justice des hommes, et la justice des hommes ne l’atteindra ni pour la récompense ni pour le châtiment, à l’époque où vous la lui promettez.