Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/327

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et qui fit répandre tant de pleurs amers dans les saladiers de la rue Cambronne.

Terrée, quelques semaines, avec son vainqueur, dans un antre de la rue des Canettes, non loin du poussier de l’illustre Nicolardot, ils avaient fini par se marier à Saint-Sulpice pour mettre fin à un collage ravissant, mais prohibé, dont les principes religieux de l’un et de l’autre condamnaient l’ivresse.

Ainsi purifiés de leurs scories et traînant un hypothétique sac d’écus, on les créditait d’une provisoire et impersonnelle considération à Parc-la-Vallière, où ils étaient venus, peu de temps après, sucer le miel de leur lune.

Cette considération, cependant, n’allait pas jusqu’à leur faire prendre pied dans une famille estimable. Madame Poulot, qui ne parvenait pas à se remettre d’avoir épousé quelqu’un, avait beau crier à tout instant : Mon mari, à propos de n’importe quoi, comme si ces trois syllabes avaient été un sésame, tout le monde la voyait toujours sur l’ancien trottoir, et on se souvenait d’autant mieux du sale métier de son compagnon que celui-ci tripotait actuellement, çà et là, d’obscures chicanes.

Peu favorisée de la vocation érémitique, il fallait donc, à toute force, que l’audiencière ulcérée se contentât de la société des bonnes, des cuisinières ou des concubines de croque-morts plus ou moins souillasses des alentours, qu’elle invitait généreusement à boire chez elle pour leur faire admirer son « alliance » et les éblouir des vingt-cinq mille francs que son mari lui avait « reconnus ».