Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/330

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translation d’un lieu à un autre, quand elle allait par les rues, le front tourné résolument vers les astres, comme si elle avait espéré de cette allure une heureuse modification de sa colonne vertébrale que courbait, peut-être un peu plus qu’il n’aurait fallu, le joug pesant des nouveaux devoirs.

À cela près, elle était, à ses propres yeux, du moins, la plus excitante princesse du monde et il fallait renoncer de bonne grâce à trouver une femme qui s’estimât plus exquise. Quand elle s’accoudait à sa fenêtre et regardait dans l’espace, en se massant avec douceur le gras des bras cependant que le mari rinçait les vases, elle semblait dire à toute la nature :

— Eh ! bien, qu’est-ce que vous en pensez, vous autres ? Où est-elle, la fleur mignonne, la pomme d’amour, le petit caca de Vénus ? Ah ! ah ! vous n’en savez rien, espèces de mufles, tas de marsupiaux, graine de cornichons ! Mais regardez-moi donc un peu, pour voir. C’est moi-même, que je vous dis ! c’est bibiche, c’est la louloutte à son loulou, c’est la poulotte à son gros poulot ! Oui, je vous écoute, mes petits cochons. Je le crois bien, qu’il vous en faudrait de ce nanan-là ! Vous ne vous embêteriez pas. Mais voilà, il n’y a pas mèche. On est des femmes honnêtes, des petites saintes vierges du bon Dieu, quoi ! Ça vous la coupe, je ne dis pas non. On s’en bat l’œil gauche avec une petite patte de merlan. Regardez, mais ne touchez pas, c’est la consigne.

L’heureux Poulot était-il cocu ou ne l’était-il pas ? Ce point ne fut jamais éclairci. Quelque invraisemblable que