Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/332

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


pas à concevoir qu’une pareille cascade sonore pût sortir d’un gosier seulement humain.

Un jour, entre autres, le vétérinaire constata, l’œil braqué sur son chronomètre, que le déroulement de la poulie durait, en moyenne, cent trente secondes, phénomène qu’un physiologiste aura peine à croire.

Pour ce qui est de l’effet sur le tympan, qui pourrait le dire ? Les images, ici, font défaut. Néanmoins, ce bruit extraordinaire aurait pu être comparé aux bondissements d’une toupie d’Allemagne dans un chaudron, mais avec une puissance de vibration infiniment supérieure et qu’il eût été difficile d’évaluer. On l’entendait par-dessus les toits, de plusieurs centaines de mètres, et c’était, pour quelques penseurs suburbains, l’occasion sans cesse renouvelée de se demander si ce cas exceptionnel d’hystérie relevait de la trique ou de l’exorcisme.

On vient de le dire, Léopold et Clotilde, installés à peine, ignoraient toutes ces belles choses. Comme par l’effet d’un enchantement, depuis leur arrivée, le cri de la chamelle avait été à peine entendu. Cependant les Poulot, qu’ils avaient avalés plusieurs fois déjà, leur puaient au nez, singulièrement. Léopold surtout manifestait une impatience assez voisine de l’indignation la plus excitée.

— J’en ai tout à fait assez de ce joli couple ! dit-il un soir. C’est intolérable d’être ainsi relancé chez soi par des gens à qui on ne doit pas un sou. En vérité, il me semble que notre dernier propriétaire était moins immonde avec sa crapule ouverte que ces voisins de malheur avec leur