Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/334

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Ne crains-tu pas, cependant, que ces gens ne cherchent à nous nuire ? Ils le peuvent, sans doute. Nous sommes si pauvres, si désarmés !… Il faut croire que le chagrin m’a ôté le peu de courage que j’avais. J’ai peur de cette femme.

— Que veux-tu qu’elle fasse ? Elle a dû comprendre que je renonçais à l’honneur de ses visites. Elle ne viendra plus, voilà tout. Si son âme sensible en est affligée, elle a la ressource de se soûler chez elle ou ailleurs. Je ne m’y oppose pas. Mais qu’on nous laisse tranquilles. Tu penses bien que je ne suis pas homme à souffrir qu’on nous embête.

Confiance vaine et paroles vaines que le plus imminent futur allait démentir d’une manière atroce.

Désormais, c’était la lutte bête, inégale, hors de toute proportion. Que pouvaient de généreux êtres férus de beauté contre la haine d’une gueuse ? Les plus honnêtes gens du pays, ceux-là même dont la Poulot endurait, sans trop de rage, les dédains, — parce qu’ils avaient, suivant l’expression d’un vieux maraîcher paillard, « le cul dans l’argent », et que la sorte de bon renom impliquée par cette posture correspondait rigoureusement à sa propre ignominie, — l’élite bourgeoise de Parc-la-Vallière, disons-nous, se fût indignée de sa défaite.

Cette raclure de Vestale ne représentait-elle pas, à sa manière, le Suffrage universel, le juste et souverain Goujatisme, l’Omnibus sur le passage à niveau, le privilège sacré du Bas-Ventre, l’indiscutable prépondérance du Borborygme ?