Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/339

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qui aurait entrevu dans une extase le fronton du Paradis, ce fut de recueillir quelques détails sur la mort et l’enterrement du petit Lazare.

Le reste, assurément, n’était pas à dédaigner, mais cela, c’était la friandise, le bonbon fin, le nanan de sa vengeance ! Elle savait maintenant où frapper.

Au plus intime de ce qu’on eût témérairement appelé son cœur, se tordait un horrible ver. La misérable en qui se vérifiait, une fois de plus, le mot magnifique : « Les grandes routes sont stériles », ne pouvait se consoler de n’avoir pas d’enfant à pourrir. Inféconde comme une culasse, elle s’en lamentait en secret, non moins qu’une juive des temps précurseurs.

Ornée, pavoisée, avec la dernière profusion, de toutes les sentimentalités dont s’honorent habituellement les rosières des crocodiles, c’eût été le pinacle de sa chance, après avoir épousé un huissier, d’avoir de lui, ou de tout autre reproducteur, une géniture quelconque à lécher, à gaver, à bichonner, à fanfrelucher, à fagoter en petit soldat ou en petite cantinière, à remplir de toutes les sanies et de toutes les purulences morales dont elle débordait, à offrir enfin à l’envieuse convoitise de la multitude. L’exhibition en espalier de ce provin légitime eût été, à ses propres yeux, le définitif et irréfragable nantissement d’une qualité d’épouse que même l’accoutumance ne parvenait pas à rendre croyable.

Forcée de quitter ce rêve, elle s’en consolait à la manière d’une goule, en comptant les petits cercueils des enfants