Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/340

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des autres, et le deuil de sa malheureuse voisine fut pour elle un fruit tombé d’un arbre du ciel. Alors s’accomplit une œuvre démoniaque.

Clotilde vit paraître à la fenêtre maudite un enfantelet de l’âge de celui qu’elle avait perdu, porté dans les bras infâmes. La Poulot lui parlait le langage d’une mère, l’incitant à bégayer les mots qui crèvent le cœur : « Allons ! dis papa ! dis maman ! » et ne se lassant pas de le profaner de ses baisers retentissants

L’autre fenêtre s’ouvrit, celle de la vieille, qui se montra à son tour, plus hideuse que jamais.

— Bonjour, Madame Poulot.

— Bonjour, Madame Grand. N’est-ce pas qu’il est gentil, mon petit garçon ?

— Pour sûr. On voit que ses parents ne sont pas des artistes. Si ça ne fait pas dresser les cheveux sur la tête de penser qu’il y en a qui les font mourir, ces chérubins !

— Ah ! chère Madame, ne m’en parlez pas ! ce qu’il y en a, de la canaille dans le monde, c’est rien de le dire.

— Heureusement qu’il y a un bon Dieu ! fit observer la vieille.

— Un bon Dieu ? Ah ! ah ! ils s’en foutent pas mal ! Ils le croquent tous les matins, leur sacré bon Dieu ! Ça ne les empêche pas de faire crever leurs enfants. J’en connais qui ne sont pas loin d’ici. La femme a l’air d’une sainte nitouche et le mari est un faiseur d’embarras sans le sou qui vous regarde comme si on était du caca, sauf le respect