Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/346

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culture d’esprit, assez consolante pour l’endroit, et surtout, ainsi que l’avait pressenti Léopold, une bonté droite et solide que l’inqualifiable méchanceté de l’entourage faisait ressembler à du diamant.

De cette qualité, presque aussi rare aujourd’hui que le génie, découlait naturellement la discrétion la plus ingénieuse, la plus inventive. Ayant deviné sans effort la gêne excessive du pauvre ménage, il déploya, étant un pauvre lui-même, des ruses de Pied-noir pour faire accepter, sous diverses formes, des secours faibles et opportuns. Souvent la table des Léopold fut par lui cauteleusement approvisionnée.

— Monsieur Joly, disait Clotilde, vous êtes pour nous « le pélican de la solitude ».

On oublia bientôt, de part et d’autre, qu’on se connaissait depuis peu.

Cependant, la guerre salope continuait avec une violence plus intolérable. Les femelles, exaspérées de l’humiliante assignation chez le commissaire de police, épuisèrent tout ce qu’une rage prudente peut imaginer.

C’était, chaque jour, une continuation de la farce crapuleuse aux deux fenêtres, un dialogue nouveau, avec la strophe et l’antistrophe du théâtre antique, enfin et surtout les interpellations aux passants, joyeux d’être associés à une tentative d’assassinat qui ne les exposait à aucun danger.

De tout petits êtres innocents, des enfants de trois à cinq ans, raccrochés çà et là, venaient apprendre chez la