Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/348

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une belle volée administrée à celui-ci ne serait pas ce qu’il faudrait pour produire, par contre-coup, une heureuse crise.

— J’y ai pensé, répondit Léopold que cette opinion d’un homme doux rafraîchissait. Mais la situation est telle que je dois craindre, en cas d’insuccès, quelque revanche abominable dont je ne serais pas seul à souffrir.

Les choses en étaient venues au point que Clotilde avait dû renoncer à sortir seule. Les polissons l’injuriaient dans la rue, et de spirituels boutiquiers, sur leurs portes fines, l’accueillaient à son passage avec des chuchotements et des sourires. Un marchand de couleurs, épigrammatique et turlupin, se signalait entre tous. La pauvre femme ne pouvait passer devant sa poudre à punaises, sans qu’aussitôt il engageât quelque colloque facétieux avec les compères. Un jour que Léopold n’était qu’à trois pas, le drôle ayant eu l’imprudence de laisser paraître sa gaîté, sans avoir, au préalable, interrogé l’horizon, il en fut radicalement et soudain guéri. Le rigolo vit paraître, comme en songe, une si démontante figure de traban ou de maugrabin, et les quelques syllabes sèches qu’il entendit lui procurèrent une souleur telle qu’il devint liquide.

Mais il aurait fallu recommencer à tous les seuils. Une malechance inouïe voulait que ces douloureux, qui n’aspiraient qu’à la solitude, à la vie humble et cachée et qui ne demandaient rien à personne, fussent abhorrés de tout le village où ils avaient cru trouver un refuge et que la crotte même d’entre les pavés se levât contre eux.