Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/357

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Il l’avait quitté sur ces derniers mots, proférés avec un accent capable de les enfoncer comme des lames dans les intestins du pleutre qui, d’ailleurs, avait paru hors d’état d’exhaler le plus léger son.

Mais, bientôt après, une tristesse immense était descendue sur lui. À quoi bon cette scène ? N’était-il pas au-dessous du rien, cet individu immonde qui ne pensait ou ne respirait que par le monstre de crasse et d’ignominie où il se vautrait comme dans un bourbier ? En supposant qu’il entreprît de faire partager à sa crapaude la sale peur dont il était visiblement pénétré pour quelques jours, il était, hélas ! trop probable que celle-ci verrait là, surtout, l’occasion d’affirmer la supériorité de son courage et se ferait une gloire nouvelle de braver un péril qui ne la menaçait pas à l’instant.

Quelque poltronne qu’elle fût, — et quoique vraisemblablement rouée de coups, maintes fois, dans les anciens jours, — ses pratiques de gueuse effrontée avaient dû lui donner, quand même, le préjugé, si tenace chez les plus salopes, d’une immunité de droit divin pour l’insolence ou la méchanceté des femmes.

Et quels ne devaient pas être l’ensorcellement, la toute-puissance de persuasion de cette Poulot sur le compagnon fétide et agenouillé dans la bouse de sa compagnonne, qui ne vivait que pour le régal d’ordures qu’elle lui servait, sans doute, chaque soir ! Même en plein jour, il avait fallu subir leurs grognements, leurs bruyantes pâmoisons, leurs soupirs et les gémissements réitérés de leurs