Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/360

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XX


On se remit au travail. On reprit le livre interrompu pendant trois mois et qui était l’unique ressource pour l’avenir, si Dieu voulait que de tels pauvres eussent un avenir sur terre. Comme auparavant, ce labeur fut interrompu fréquemment par la misère ou par l’angoisse. Mais l’admirable Joly continuant son rôle de Providence, on put se traîner le long de cette œuvre et commencer d’en apercevoir la fin.

Depuis les dix-huit jours de la prière terrible, l’hostilité des voisins semblait frappée de paralysie, et Léopold attendait en paix, avec une effrayante confiance, la catastrophe.

À la suite d’on ne sut quel incendie de torchon, les deux cochonnes se brouillèrent et la vieille Grand déménagea. Quelque temps après, on la trouva morte dans sa chambre, au bout du village, les entrailles rongées par son chien, un horrible molosse vairon qui ressemblait à sa maîtresse et qui avait un museau de brochet.

— C’est le tour de l’autre, maintenant, dit tranquillement Léopold au facteur de la poste qui lui racontait la nouvelle.

Ce mot entendu par la Poulot qui n’était jamais bien loin, fut pour elle comme le signal de toutes les disgrâces de la fortune. L’huissier, compromis dans quelque fiasco, se vit forcé de vendre le mobilier de son salon. Même les