Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/362

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de croire à une justice qui n’est pas des hommes ! Je dis cela pour chacun de nous. Mais ce pauvre Bohémond ! en vérité, c’est par trop épouvantable ! Comment ! vous ne savez donc rien ! Ah ! c’est vrai, pardon. J’oubliais déjà que vous sortez à peine du gouffre. Eh bien voici il meurt doucement dans les bras de Folantin…

Folantin ! ce peintre de plomb, ce grisailleur foireux, ce plagiaire du néant, ce bourgeois envieux et ricaneur qui pense peut-être que l’Himalaya est une idée basse, vous ne savez pas ce qu’il a fait ? C’est bien simple. Il s’est rendu adjudicataire des derniers jours du poète, le client unique de son agonie. Nul ne peut le voir sans son ordre ou sa permission. J’entends, nul de ceux qui seraient capables de l’avertir… Je sais bien que ce que je vous dis là est difficile à croire. Mais ce n’est, hélas ! que trop vrai, et vous voyez en moi l’une des victimes les plus stupéfiantes et les plus stupéfiées de ce système d’exclusion de tous ceux qui ont véritablement aimé L’Isle-de-France. Depuis deux jours que je suis à Paris, j’ai bien fait une dizaine de tentatives à l’hôpital des frères Saint-Jean-de-Dieu, son dernier domicile, vraisemblablement, jusqu’à l’heure où on le portera au cimetière. Obstacles invincibles, portes infranchissables ! C’est tout juste si mes cris d’indignation ne m’ont pas fait jeter dans la rue.

— Mais, mon cher Lazare, interrompit Léopold, êtes-vous dans votre bon sens ? On ne confisque pas ainsi les personnes. La séquestration illégale ! dans un lieu public !!! Voyons, mon ami, un peu de lumière.