Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/363

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— Patience ! vous allez voir clair, à moins cependant que les larmes ne vous aveuglent. L’Isle-de-France est un séquestré volontaire, un séquestré par persuasion. Oh ! cela remonte à plusieurs mois. La dernière fois que nous le vîmes ensemble, un peu avant mon départ, vous vous en souvenez, il se sentait déjà gravement atteint. Ce dut être environ le temps où le Folantin se manifesta. Ses tableaux ont beau être exécrables, sa conquête de L’Isle-de-France est un chef-d’œuvre, décidément.

Vous savez si notre ami le méprisait, l’abhorrait. Certains mots de lui sur ce vitrier sont à faire peur. On n’imaginera jamais deux êtres aussi contraires, aussi parfaitement antipathiques l’un à l’autre. Mais que voulez-vous ? Bohémond, quoi qu’on ait pu dire, est surtout un sentimental. N’ayant pas, comme Marchenoir ou comme vous, Léopold, une règle rigide, un credo que n’ont pu faire plier les siècles, faussé par l’hégélianisme et saccagé par les curiosités les plus dangereuses, parfois incroyablement privé d’équilibre, on l’a toujours vu sans résistance contre tout individu assez habile pour se prévaloir hypocritement d’un service réel ou d’un acte de bonté feinte.

— L’esquisse est ferme, dit Léopold. Il m’a semblé pourtant qu’il y avait en lui un railleur d’une rare vigilance qu’il ne devait pas être aisé de surprendre.

— D’accord, mais je crois que, vers la fin, cette faculté s’est émoussée. Quel que soit son mal, il meurt surtout de lassitude. Il était vraiment trop peu fait pour les négoces de ce monde, et la misère, contre laquelle il fut toujours