Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/365

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Or, cela n’est rien ou presque rien. Écoutez la suite.

Vous pensez bien, n’est-ce pas ? que je n’ai pas dû accepter facilement la consigne. Pour tout dire, j’ai tenté de pénétrer de force. C’est alors qu’on a fait donner la garde. À mon épouvante inexprimable, j’ai vu se dresser une abominable souillasse qui m’a déclaré n’être pas une moindre personne que la comtesse de L’Isle-de-France, épouse légitime et in extremis du moribond, dont elle rinça dix ans le pot de chambre et qui, naguère, dans un soir d’ivresse ou de folie, lui avait fait un enfant.

N’ayant déjà presque plus de forces et parfaitement isolé de tous ceux qui eussent pu penser à sa place, il avait fini par céder aux obsessions pieuses de Folantin qui ne lui laissa pas entrevoir d’autre moyen de légitimer ce fils, qu’il lui eût été si facile de reconnaître sans prostituer son Nom à la mère. J’ai pu comprendre que l’aumônier de l’hôpital, religieux d’une bonne foi indiscutable, mais qui fut, en cette occasion, admirablement roulé, se chargea lui-même d’emporter les résistances dernières. J’ai donc pris la fuite et me voici, noyé de chagrin, suffoqué par le dégoût.

Un silence lourd suivit ce récit.

À la fin, Clotilde murmura, comme se priant à elle-même :

— Rien n’arrive en ce monde que Dieu ne le veuille ou ne le permette, pour sa Gloire. Nous sommes donc forcés de penser que cette chose laide est en vue de quelque résultat inconnu et certainement adorable. Qui sait si le