Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/367

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d’une couleuvre, avec cet air d’ennui suprême et ce sourire à donner des engelures que vous lui connaissez, mon cher Lazare. Voici, en propres termes, ce qu’il crut devoir me dire : — Quand une de ces feuilles me tombe sous la main, je vais tout de suite à l’article nécrologique et si je n’y trouve pas le nom de quelqu’un de mes amis, j’avoue que je suis très désappointé.

Depuis, je n’ai pu le voir ni entendre prononcer son nom sans me rappeler ce mot, bien plus spirituel qu’il ne le croyait lui-même, car son âme en fut éclairée pour moi dans ses profondeurs immortelles, et je la vis en plein, son âme affreuse, telle qu’elle sera, sous des « cieux nouveaux », dans dix mille siècles !

Il est fort possible, comme vient de le dire ma femme, qu’il ait cru faire, dans le cas de Bohémond, une chose héroïque. Il s’est donné certainement beaucoup de mal, et son désintéressement absolu n’est pas douteux. Le vrai envieux est le plus désintéressé, quelquefois même le plus prodigue des hommes. Il n’y a pas de divinité aussi exigeante que l’Idole blême.

L’Isle-de-France est, sans doute, celui de tous les contemporains qui a dû le plus lui crever le cœur. Les disparates signalées, il y a quelques instants, par Druide, étaient, entre eux, infinies. Le très haut poète qui va mourir, qui meurt peut-être à cette minute, paraissait avoir reçu tous les dons, la beauté, le génie, la noblesse, l’absolu courage, la sympathie expansive et toute-puissante. Ses facultés imaginatives et lyriques en activité permanente,