Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/368

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


et qui faisaient penser à ces feux errants du Livre Saint, mais surtout la promptitude archangélique de ses épigrammes, qui ne s’en souvient ? On peut à peine se figurer combien toutes ces choses déchirèrent un homme profondément disgracié, que les circonstances mettaient très souvent en face de son lumineux repoussoir.

Il s’est vengé hideusement, ainsi qu’il lui convenait de le faire, et je crois, en effet, qu’il a dû déployer une habileté, une persévérance de démon. Le résultat en valait la peine. Songez donc ! Amener ce cygne noir que fut Bohémond, ce dernier représentant d’une race fière, d’une lignée quasi-royale, à donner — fût-ce dans le crépuscule de l’agonie, — à une tireuse de cartes de lavoir, son Nom magnifique ! Le contraindre à finir comme un libertin gâteux subjugué par sa cuisinière ! Quelle revanche !

… Vous verrez, mon bon Lazare, que nous ne pourrons même pas assister à son enterrement. Sans vous, je n’aurais même pas su que le pauvre garçon était mourant. En supposant qu’on daignât nous aviser officiellement de la cérémonie funèbre, ce qui est au moins improbable, il nous faudrait, n’est-ce pas ? défiler à la façon des Sarmates vaincus, dans le cortège du triomphateur, marcher dans les larmes de la douairière, entendre, en crevant de honte et de rage, les discours humides où il sera parlé de « l’ami de la dernière heure ». Non, vraiment, j’aimerais mieux, dussé-je me condamner à la famine, payer d’humbles messes, pendant tout un mois, dans notre église solitaire !…