Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/385

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mystérieusement, de préférence à tout autre, de veiller sur moi…

Et la voix de notre Lazare, que de fois ne l’ai-je pas reconnue !

… Quand je souffrais trop, quand je sentais mon cœur glisser dans le gouffre, il me disait à l’oreille, distinctement : — Pourquoi t’affliges-tu ? Je suis près de toi, et je suis, en même temps, près de Jésus, car les âmes n’ont point de lieu. Je suis dans la Lumière, dans la Beauté, dans l’Amour, dans l’Allégresse qui est sans limites. Je suis avec les très purs, avec les très doux, avec les très pauvres, avec ceux dont le monde n’était pas digne, et quand tu as pleuré trop longtemps à cause de moi, mère chérie, tu ne vois donc pas que c’est Dieu lui-même, Dieu le Père qui te prend dans ses bras et qui met ta tête sur son sein pour t’endormir !…

Léopold, ivre d’émotion, s’est laissé tomber sur un banc et contemple son inspirée à travers un voile de pleurs.

— Tu as raison, murmure-t-il, nous sommes heureux d’une manière divine, plus heureux, assurément, qu’autrefois, quand nous ne savions pas mieux que la manière humaine, et c’est dans ce vallon de douleurs que nous sentons vraiment notre joie !

Marchenoir me parlait souvent des morts, et il m’en parlait à peu près comme toi, avec sa puissance terrible. Sais-tu ce qu’il me disait un jour ? Oh ! que tu vas trouver cela beau ! Il me disait que le Paradis perdu c’est le cimetière