Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/393

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soit ainsi ? Toujours est-il qu’alors l’incendie se déclare, — l’incendie des Holocaustes spirituels.

Bien des fois, depuis son enfance, et même dans les heures les plus troublées, bien des fois elle a senti le voisinage de Celui qui brûle, mais jamais elle n’a été si atteinte.

Cela commence par des étincelles volantes et rapides qui la font pâlir. Ensuite les grandes flammes s’élancent… Déjà il n’est plus temps de fuir, si elle en avait seulement la volonté. Impossible de s’échapper, soit à droite, soit à gauche, soit par en haut, soit par en bas. Le courage de vingt lions serait inutile, aussi bien que la force ailée des plus puissants aigles. Il faut qu’elle brûle, il faut qu’elle soit consumée. Elle se voit dans une cathédrale de feu. C’est la maison qu’elle a demandée, c’est la volupté que Dieu lui donne…

Longtemps les flammes grondent et roulent autour d’elle, dévorant ce qui l’environne, avec des ondulements et des bonds de grands reptiles. Quelquefois, elles se dressent, rugissantes, sous une arche et déferlent à ses pieds, se bornant à darder leurs langues en fureur sur son visage, sur ses yeux, sur son sein qui fond comme la cire…

Où sont les hommes ? et que peuvent-ils ? Sache, pauvre Clotilde, que cette fournaise n’est qu’un léger souffle de la respiration de ton Dieu… « Peut-être l’Esprit-Saint vous a-t-il marquée de son signe », a dit autrefois le Missionnaire.

Les inapaisables flammes, devenues assez intenses pour liquéfier les plus durs métaux, tombent enfin sur elle, d’un