Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/397

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police, étonnés eux-mêmes de son ascendant, n’ont jamais cherché à l’inquiéter.

Après la mort de Léopold dont le corps ne put être retrouvé parmi les anonymes et épouvantables décombres, Clotilde avait tenu à se conformer à celui des Préceptes évangéliques dont l’observation rigoureuse est jugée plus intolérable que le supplice même du feu. Elle avait vendu tout ce qu’elle possédait, en avait donné le prix aux plus pauvres et, du jour au lendemain, était devenue une mendiante.

Ce que durent être les premières années de cette existence nouvelle, Dieu le sait ! On a raconté d’elle des merveilles qui ressemblent à celles des Saints, mais ce qui paraît tout à fait probable, c’est que la grâce lui fut accordée de n’avoir jamais besoin de repos.

— Vous devez être bien malheureuse, ma pauvre femme, lui disait un prêtre qui l’avait vue tout en larmes devant le Saint Sacrement exposé, et qui, par chance, était un vrai prêtre.

— Je suis parfaitement heureuse, répondit-elle. On n’entre pas dans le Paradis demain, ni après-demain, ni dans dix ans, on y entre aujourd’hui, quand on est pauvre et crucifié.

Hodie mecum eris in paradiso, murmura le prêtre, qui s’en alla bouleversé d’amour.

À force de souffrir, cette chrétienne vivante et forte a deviné qu’il n’y a, surtout pour la femme, qu’un moyen d’être en contact avec Dieu et que ce moyen, tout à fait