Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/398

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unique, c’est la Pauvreté. Non pas cette pauvreté facile, intéressante et complice, qui fait l’aumône à l’hypocrisie du monde, mais la pauvreté difficile, révoltante et scandaleuse, qu’il faut secourir sans aucun espoir de gloire et qui n’a rien à donner en échange.

Elle a même compris, et cela n’est pas très loin du sublime, que la Femme n’existe vraiment qu’à la condition d’être sans pain, sans gîte, sans amis, sans époux et sans enfants, et que c’est comme cela seulement qu’elle peut forcer à descendre son Sauveur.

Depuis la mort de son mari, la pauvresse de bonne volonté est devenue encore plus la femme de cet homme extraordinaire qui donna sa vie pour la Justice. Parfaitement douce et parfaitement implacable.

Affiliée à toutes les misères, elle a pu voir en plein l’homicide horreur de la prétendue charité publique, et sa continuelle prière est une torche secouée contre les puissants…

Lazare Druide est le seul témoin de son passé qui la voie encore quelquefois. C’est l’unique lien qu’elle n’ait pas rompu. Le peintre d’Andronic est trop haut pour avoir pu être visité de la fortune dont la pratique séculaire est de faire tourner sa roue dans les ordures. C’est ce qui permet à Clotilde d’aller chez lui, sans exposer à la boue d’un luxe mondain ses guenilles de vagabonde et de « pèlerine du Saint Tombeau ».

De loin en loin, elle vient jeter dans l’âme du profond artiste un peu de sa paix, de sa grandeur mystérieuse,