Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/89

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


visiblement à dire quelque chose de considérable, lorsqu’une main se posa familièrement sur son épaule.

— Tiens ! c’est vous, Marchenoir ! cria-t-il en se retournant. Je pensais à vous, il n’y a qu’un instant. Comment diable êtes-vous ici ?

— J’y suis presque tous les jours, répliqua le nouveau venu. Mais comment y êtes-vous vous-même ? Je vous assure que votre présence m’étonne…

À ce moment, ses yeux rencontrèrent Clotilde et devinrent légèrement interrogateurs. Gacougnol fonctionna sur-le-champ.

— Ma chère Clotilde, permettez-moi de vous présenter un de nos plus redoutables écrivains, Caïn Marchenoir. Nous l’appelons, entre nous, le grand Inquisiteur de France. Caïn, je recommande à votre admiration mademoiselle Clotilde… Maréchal, une amie que j’ai rencontrée ce matin, mais que j’ai dû connaître vers l’An Mil, dans un pèlerinage antérieur. C’est la poétesse de l’Humilité.

Marchenoir s’inclina profondément et dit à Clotilde :

— Mademoiselle, si mon ami ne se moque pas de moi, vous êtes ce qu’il y a de plus grand au monde.

— Alors, Monsieur, il se moque de vous, n’en doutez pas, répondit-elle en riant, et cela me surprend, car vous avez un nom terrible… Caïn ? ajouta-t-elle, dans une sorte d’effroi rêveur ; il n’est pas possible que ce soit votre vrai nom.

— Ma mère m’a fait baptiser sous le nom de Marie-Joseph, mais celui de Caïn figure très réellement sur le