Page:Bloy - La femme pauvre.djvu/88

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En voiture, l’infatigable parleur était devenu silencieux. Il regardait Clotilde avec une sorte de respect vague mélangé d’une évidente perplexité. Deux ou trois fois, il entr’ouvrit la bouche et la referma immédiatement comme la porte d’un mauvais lieu, sans avoir proféré une syllabe.

La jeune femme, attentive au mouvement de la rue, observait la consigne du parfait silence, et ils arrivèrent ainsi, pleins de leurs pensées, à la grille du Jardin des Plantes.


XII


Gacougnol s’étant débarrassé de son cocher, ils marchèrent dans la direction présumée du pavillon des grands fauves. Mais l’un et l’autre connaissaient peu ce Jardin célèbre que fréquentent seuls les Parisiens du voisinage ou les étrangers et, naturellement, ils s’égarèrent.

Chemin faisant, Clotilde admira les zèbres et les antilopes qu’elle s’arrêta pour contempler amoureusement.

— Vous aimez beaucoup les bêtes ? lui dit le peintre, la voyant caresser un de ces charmants êtres dont les yeux ressemblaient aux siens.

— Je les aime de tout mon cœur, répondit-elle ; je voudrais qu’il me fût permis de les soigner et de vivre près d’elles dans une de ces petites maisons ravissantes qu’on leur a bâties. Leur voisinage me serait plus doux que celui de monsieur Chapuis.

Ce mot parut agir sur Gacougnol, qui se préparait