Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/146

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pour payer le propriétaire, pour avoir un abri défectueux et sordide, sans air ni lumière, dont l’aspect seul est à dégoûter de la vie. Il faut avoir vu souffrir des tout petits exténués de privations à seule fin d’assouvir un pléthorique maquereau que les lois honorent et qui est un des cinq ou six cent mille seigneurs et maîtres mis en place des hauts barons de l’ancienne France qui versaient leur sang pour défendre leurs laboureurs !

Si, du moins, à cet effroyable prix, le pauvre était assuré de son gîte, si, à force de payer et de souffrir, il gagnait enfin d’être chez lui, comme le cheval épuisé qu’un maître pitoyable laisse crever dans l’écurie ! Mais il faut que l’immeuble rapporte. « En affaires pas de sentiment », aucune excuse n’est admise. Au moindre retard, place nette pour un autre et la belle étoile pour le malade ou l’estropié. On voit de ces malheureux qui ont payé cinq cents fois l’humble rêve d’un lit de mort suffisamment abrité et qui vont mourir de désespoir sur le seuil des hôpitaux. Le propriétaire a son droit, son ventre, ses habitudes, et c’est