Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/157

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tout cas, il y a des petits enfants propriétaires.

En voici un qui dort dans son berceau blanc et rose, plein de dentelles et de satin. Il ressemble à une fleur sur des fleurs. C’est l’innocence et la beauté. On l’appelle : « Petit roi, trésor adoré », et il possède, en effet, plusieurs millions. C’est un orphelin. Sa mère est morte en le mettant au monde et son père l’a suivie de près, on ne sait pourquoi. L’un et l’autre sont allés, tout nus, rendre leurs comptes. Il a un tuteur plein de prudence et plusieurs gérants carnassiers qui s’occupent de ses affaires. C’est le commencement d’une belle vie. Si on ne le tue pas de douceurs et de caresses il sera un fameux homme dans quinze ou vingt ans.

Son éducation, dans tous les cas, est assurée. Rien n’y manquera[1]. Avant même qu’il ait

  1. Certains religieux y ont pourvu. Les Dominicains, entre autres, ont à Paris une école à l’usage exclusif des jeunes gens riches appelés à briller dans le monde. Ces Pères laïcisés sont des hommes de sport et de belle prestance. Une règle rigide, en cette école religieuse, exige qu’il ne soit jamais parlé de religion aux élèves. Si l’un d’eux énonce des impiétés, il ne convient pas de lui imposer silence, encore moins de le réprimander. Le dimanche,