Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/233

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— Je n’ai pas le droit de toucher à la fortune de mes enfants, répond le riche. — Que leur laisseras-tu donc, misérable, à ceux que tu nommes audacieusement tes enfants ? Cette richesse que tu prétends être la leur et qui ne t’appartient pas plus qu’eux-mêmes, à l’instant où tu parles, elle est éprouvée dans la fournaise. Ton argent de sang et de larmes est éprouvé par le feu qui manque aux enfants des pauvres, quand il gèle. Celui-là seul qui a les Mains percées a le droit de parler de ses enfants et le pouvoir de leur donner quelque chose après sa mort. Toi, tu ne peux léguer aux prétendus tiens que la honte d’être riches et le devoir de restituer.

Paroles en vain, une fois de plus, j’en ai grand’peur, mais paroles quand même de vie et de mort. Fût-ce dans le désert, celui qui parle de la pauvreté amoureusement doit pouvoir susciter des multitudes pour l’entendre, comme le Souffle du Seigneur qui rendait la vie aux ossements arides et poussiéreux d’Ézéchiel. Car la Pauvreté n’est pas moins que l’Épouse du Fils de Dieu, et quand se feront