Page:Bloy - Le Sang du pauvre, Stock, 1932.djvu/87

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condamnés par leur naissance et par leur éducation à ne jamais savoir ce que c’est que la pauvreté. Il serait moins inhumain de leur crever les yeux et de les châtrer, pour qu’à leur tour ils ne procréassent pas des monstres. Sans doute on ne peut leur cacher qu’il y a des pauvres, mais comme il y a des bêtes puantes ou venimeuses qu’il faut écarter avec le plus grand soin. Si la famille a la tradition des bonnes formules, si elle a du style chrétien, l’enfant riche recevra d’un précepteur ecclésiastique cet enseignement primordial que l’indigence fut instituée pour son décor, qu’elle est un repoussoir agréable et nécessaire qu’il convient d’apprécier à sa valeur ; qu’au surplus la miséricorde pratiquée sans intempérance a le double avantage d’être l’accomplissement d’un conseil évangélique et d’attirer la bénédiction sur les capitaux. Et c’est tout, absolument tout, pour le temps et l’éternité.

Ainsi se forment les imbéciles dont se pare le front altier de la centenaire catin qui fut autrefois la vierge chrétienne. Que voulez-vous qu’on dise à des gens qui méprisent le travail