Page:Bloy - Les Dernières Colonnes de l’Église, Mercure de France, 1903.djvu/193

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… Ma langue est épouvantable, dites-vous. Pourquoi ? Parce que j’emploie des mots qui, la plupart du temps, sont plus près des racines grecques et latines que les vocables souvent périmés des ordinaires poètes. Ceci n’est pas niable et vous êtes trop bon linguiste et étymologiste pour que j’insiste.

Vous m’accorderez bien, au surplus, que la Langue Française n’est pas immuable, et qu’elle n’est pas parvenue à sa perfection totale. Vous l’avez écrit cent fois, elle a été galvaudée par le journalisme et le roman naturaliste. Le pittoresque des vocables est délavé, anéanti par l’écriture naturaliste. Il y a des mots, des expressions qui sont devenus de vrais cadavres… Comment remplacer certains mots qu’on a pressurés jusqu’au jus, jusqu’au zest, sinon en retournant puiser à la source, au fumier (soit) même de la Langue, qui est l’Argot, quoi qu’on en dise ? l’argot joint à la locution populaire et à l’image non moins populaire, toujours, toujours dramatique et saisissante, que diable !

Balzac a écrit là-dessus une ou deux pages (Incarnation de Vautrin) qui en disent plus que je ne pourrais dire et qui sont flamboyantes et justificatrices de mes essais. Voyons ! C’était écœurant, à la fin, de voir toujours rimer étoile avec voile ou toile, alcyon et rayon, et ce Niagara perpétuel des Roman-