Page:Bloy - Les Dernières Colonnes de l’Église, Mercure de France, 1903.djvu/194

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tiques et des Parnassiens donne autant la nausée que le pipi naturaliste. Vous reconnaissez à l’artiste le droit de peindre avec la matière qui lui plaît. Eh bien ! toutes proportions gardées, Rabelais ne s’est-il pas forgé une langue éblouissante et ordurière, comme timidement j’essaie de m’en créer une ?

Qu’est-ce que ça peut faire qu’un vocable ou une expression ne soit pas parlementaire, classique, noble ou de bonne compagnie, si cela exprime une souffrance tellement vraie, tellement sincère qu’elle vous en tord les boyaux ? Or, c’est là ce que je cherche. Exprimer, émouvoir.

Croyez-vous que la langue littéraire adoptée ne soit pas également un jargon ? Et puis, où est la limite du bon et du mauvais français ? Qui l’a fixée ? La langue est-elle fixée ? J’estime, par exemple, que le français de Brantôme ou de Montaigne est plus pittoresque, franc et savoureux que le français de Racine. Maudissez-moi, si vous voulez, mais c’est ce que je pense. Si la langue française est fixée, elle est morte et ça serait une des raisons de la décadence française.

J’abomine le grand siècle. La langue épurée de cette époque ne marque qu’une étape inapparente du Protestantime. On a créé l’expression noble. On dit sein au lieu de téton, qui est bien plus vrai. Or, le peuple a conservé « téton » et bien d’autres mots qui