Page:Boccace - Décaméron.djvu/226

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pondit : « — Vous paraissez être encore sans mari ; si vous faites cela nous vous marierons bien et en haut lieu. — » À quoi la jeune fille dit : « — Monseigneur, il me plaît vraiment que vous me mariiez, mais je veux un mari tel que je vous le demanderai, pourvu que je ne vous demande aucun de vos fils ou autre personne de la maison royale. — » Le roi lui promit sur le champ de le faire.

« La jeune fille commença sa cure, et avant le terme fixé elle ramena le roi à la santé. Sur quoi le roi se sentant guéri, dit : « — Damoiselle, vous avez bien gagné le mari. — » À quoi elle répondit : « — Donc, monseigneur, j’ai gagné Beltram de Roussillon que je me suis mis à aimer dès mon enfance, et que, depuis, j’ai souverainement aimé. — » Cela parut au roi chose grave de le lui donner ; mais comme il l’avait promis, ne voulant pas manquer à sa parole, il le fit appeler et lui dit : « — Beltram, vous êtes désormais grand et homme fait ; nous voulons que vous retourniez gouverner votre comté, et que vous emmeniez avez vous une damoiselle que nous vous avons donnée pour femme. — » Beltram dit : « — Et quelle est la damoiselle, monseigneur ? — » À quoi le roi répondit : « — C’est celle qui nous a, avec ses remèdes, rendu la santé. — » Beltram, qui la connaissait et l’avait vue, bien qu’elle lui parût très belle, voyant qu’elle n’était pas d’un lignage répondant à sa noblesse, dit tout dédaigneux : « — Monseigneur, vous voulez donc me donner une femme médecin pour épouse ? À Dieu ne plaise que je prenne jamais une femme ainsi faite. — » À quoi le roi dit : « — Donc, vous voulez que nous manquions à notre parole, « laquelle afin de ravoir la santé nous donnâmes à la damoiselle qui, en récompense de ce, vous a demandé pour mari ? — » « — Monseigneur — dit Beltram — vous pouvez m’ôter tout ce que je possède et me donner moi-même, comme étant votre homme, à qui vous plaît ; mais je vous assure que jamais je ne serai satisfait d’un tel mariage. — » « — Si — dit le roi — vous le serez, pour ce que la damoiselle est belle et sage et vous aime beaucoup ; pour quoi nous espérons que vous aurez avec elle une existence beaucoup plus heureuse que vous n’auriez avec une dame de plus haute lignée. — » Beltram se tut et le roi fit faire de grands préparatifs pour la fête des noces. Et le jour fixé pour cela étant venu, bien que Beltram le fît peu volontiers, il épousa, en présence du roi, la damoiselle qui l’aimait plus que soi-même. Cela fait, comme quelqu’un qui a déjà pensé à ce qu’il devait faire, prétextant qu’il voulait retourner dans sa comté et y consommer le mariage, il demanda congé du roi ; et, monté à cheval, il s’en alla, non pas dans sa comté, mais en Toscane. Ayant su que les Florentins guerroyaient