Page:Boccace - Décaméron.djvu/331

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d’abord très marri de cet incident ; mais s’étant informé comment la chose s’était passée, et voyant que la jeune fille n’avait failli en aucune façon, il se consola un peu se proposant, pour que pareille aventure ne se reproduisît plus, de la marier le plus tôt qu’il pourrait. Le lendemain matin, les parents d’un côté et de l’autre ayant appris la vérité, et sachant le dommage qu’il en pourrait résulter pour les jeunes prisonniers, si Giacomino voulait faire comme en toute raison il le pouvait, allèrent le trouver, et le prièrent doucement de faire moins attention à l’injure que lui avait causée le peu de sens de ces jeunes gens, qu’à l’affection et à l’amitié qu’il leur portait, comme ils croyaient, à eux qui venaient le supplier, offrant en outre pour eux-mêmes et pour les jeunes gens de lui payer telle amende qu’il lui plairait d’exiger pour le mal qu’ils lui avaient fait. Giacomino, qui dans sa longue vie avait vu bien des choses et était de bon sentiment, répondit brièvement : « — Seigneurs, si j’étais dans mon pays, comme vous êtes dans le vôtre, je me tiens si fort pour votre ami qu’en cela comme en toute autre chose, je ferais absolument comme il vous plairait ; et en outre, je dois d’autant plus me rendre à vos désirs, que vous vous êtes fait offense à vous-mêmes, pour ce que cette jeune fille, comme beaucoup le pensent peut-être, n’est ni de Crémone ni de Pavie, mais bien de Faenza, bien que ni moi ni celui de qui je la tiens n’ayons jamais su de qui elle était fille ; pour quoi, je ferai au sujet de l’affaire pour laquelle vous me priez, tout ce que vous voudrez. — »

« Les braves gens, entendant que cette jeune fille était de Faenza, s’étonnèrent ; et ayant remercié Giacomino de sa généreuse réponse, ils le prièrent de leur dire comment elle était venue en ses mains, et comment il savait qu’elle était de Faenza. À quoi Giacomino dit : « — Guidotto de Crémone fut mon compagnon et mon ami, et étant près de mourir, il me dit que lorsque cette ville fut prise d’assaut par l’empereur Frédéric, tout ayant été mis au pillage, il entra avec ses compagnons en une maison, et la trouva pleine de richesses et abandonnée par ceux qui l’habitaient, excepté par cette jeune fille, qui était âgée de deux ans ou à peu près, et qui, le voyant monter par l’escalier, l’appela son père ; pour quoi, ayant eu compassion d’elle, il il la prit et l’emmena à Faenza avec tout ce qui se trouvait dans la maison. C’est là, qu’en mourant, il me la laissa avec tout ce qu’il avait, me chargeant, quand le moment serait venu, de la marier et de lui donner en dot ce qui lui avait appartenu. Elle est en âge d’être mariée, mais je n’ai pas eu l’occasion de pouvoir lui donner quelqu’un qui me plût ; je le ferais volontiers, de crainte