Page:Boccace - Décaméron.djvu/332

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qu’une aventure comme celle d’hier n’arrive de nouveau. — »

« Il y avait là, parmi les autres, un certain Guiglielmo da Medicina, qui avait été avec Guidotto à cette prise, et qui connaissait bien la personne à qui avait appartenu la maison qui avait été pillée par Guidotto. Voyant cette personne parmi les assistants, il s’approcha d’elle et lui dit : « — Bernabuccio, entends-tu ce que dit Giacomino ? — » Bernabuccio dit : « — Oui ; et tout à l’heure j’y pensais fort, pour ce que je me souviens qu’en ces tumultes je perdis une petite fille de l’âge que vient de dire Giacomino. — » À quoi Giuglielmo dit : « — Pour sûr, c’est elle, pour ce que je me trouvai jadis en une réunion où j’entendis Guidotto raconter où il avait fait son butin, et je vis bien que c’était en ta maison ; et pour ce, rappelle-toi si tu croirais pouvoir la reconnaître à quelque signe, et envoie-la chercher ; tu verras certainement qu’elle est ta fille. — » Pour quoi, Bernabuccio, en y songeant, se rappela qu’elle devait avoir une cicatrice en forme de croix au-dessus de l’oreille gauche par suite d’une tumeur naissante qu’il lui avait fait couper quelque temps avant cet événement. Aussi, sans plus attendre, il s’approcha de Giacomino qui était encore là, et le pria de le mener chez lui et de lui faire voir cette jeune fille. Giacomino l’y mena volontiers et fit venir la jeune fille devant lui.

« Dès que Bernabuccio la vit, il lui sembla voir le visage de sa mère, qui était encore belle femme ; mais pourtant ne s’en tenant point à cette ressemblance, il dit à Giacomino qu’il voulait lui demander la permission de lui lever un peu les cheveux au-dessus de l’oreille gauche, à quoi Giacomino fut consentant. Bernabuccio s’étant approché d’elle qui se tenait toute rougissante, lui souleva les cheveux avec la main droite et vit la croix ; sur quoi, reconnaissant qu’elle était bien sa fille, il se mit à pleurer de tendresse et à l’embrasser, bien qu’elle s’en défendît ; et s’étant tourné vers Giacomino, il dit : « — Mon frère, c’est ma fille ; ma maison était celle que Guidotto pilla, et cette enfant au milieu de la soudaine épouvante, y fut oubliée par ma femme qui était sa mère, et jusqu’à ce jour nous avons cru qu’elle avait été brûlée dans cette maison qui fut réduite en cendres ce jour-là. — » La jeune fille, en entendant ces paroles, et voyant qu’il était un homme âgé, y ajouta foi ; et mue par une force occulte, mêlant ses embrassements aux siens, elle se mit à pleurer de tendresse.

« Bernabuccio envoya sur le champ chercher sa mère, ses autres parents, ses sœurs et ses frères, et la montrant à tous, il leur raconta le fait. Après mille embrassements, chacun lui fit une grande fête, et Giacomino y consentant,