Page:Boccace - Décaméron.djvu/333

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Bernabuccio la mena chez lui. Le gouverneur de la cité, qui était un galant homme, ayant appris cela, et sachant que Giannole qu’il tenait prisonnier était le fils de Bernabuccio et le propre frère de la jeune fille, se détermina à passer légèrement sur le délit commis par lui, et s’étant entendu à ce sujet avec Bernabuccio et Giacomino, il fit faire la paix à Minghino et à Giannole ; puis à Minghino, au grand plaisir de tous ses parents, il donna pour femme la jeune fille dont le nom était Agnès, et il lui rendit la liberté ainsi qu’à Crivello et aux autres qui avaient été impliqués dans cette affaire. Minghino, fort joyeux, fit les noces belles et grandes, et ayant mené Agnès dans sa maison, il vécut de longues années avec elle en paix et en joie. — »



NOUVELLE VI


Gianni di Procida est trouvé avec une jeune fille qu’il aime et qui avait été donnée au roi Federigo. Tous deux sont liés à un pal pour être brûlés. Mais Gianni est reconnu par Ruggieri dell’ Oria ; il échappe au supplice et épouse sa dame.


La nouvelle de Néiphile finie et ayant beaucoup plu aux dames, la reine ordonna à Pampinea de se disposer à en dire une. Celle-ci, montrant un riant visage, commença : « — Ce sont de très grandes forces, plaisantes dames, que celles de l’amour ; elles imposent aux amants de grandes peines et les jettent dans des périls démesurés et imprévus, comme on a pu fort bien le comprendre par les récits faits aujourd’hui et les jours précédents ; néanmoins, il me plaît de le démontrer encore en vous parlant d’un jeune amoureux.

« Ischia est une île très voisine de Naples. Il y avait jadis, entre autres, une toute jeune fille très belle et très gracieuse qui avait nom Restituta, et était fille d’un gentilhomme de l’île appelée Marin Bolgaro. Un jeune homme d’une île voisine d’Ischia, appelée Procida, et qui avait nom Gianni, l’aimait plus que sa propre vie, et était aimé d’elle. Il ne se contentait pas de venir de jour à Ischia pour la voir, mais il y venait plus d’une fois la nuit, et souvent, n’ayant point trouvé de barque, il était allé en nageant de Procida jusqu’à Ischia, afin de voir, s’il ne pouvait mieux faire, les murs de la maison de sa belle. Durant cet amour si fervent, il advint que la jeune fille étant, un jour d’été, allée seule sur le bord de la mer, et courant de roche en roche un couteau à la main pour détacher les coquillages des pierres, elle arriva en un endroit entouré de rochers où, soit