Page:Boccace - Décaméron.djvu/343

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femme ; et, s’il ne le veut pas, que la sentence prononcée contre lui ait son cours. — » Fineo et messer Amerigo étant donc d’accord, allèrent à l’endroit où Théodore était encore sous le coup de la peur de la mort et joyeux d’avoir retrouvé son père, et lui demandèrent ce qu’il voulait faire en cette circonstance. Théodore apprenant que, s’il voulait, la Violante serait sa femme, éprouva une telle joie qu’il lui sembla sauter de l’enfer au paradis, et il dit que cela lui serait une grandissime faveur, du moment que cela leur plairait à tous deux. On envoya donc savoir la volonté de la jeune fille, qui, apprenant ce qui était arrivé à Théodore, et ce qui lui avait été proposé, au moment même où, plus malheureuse que nulle autre femme au monde, elle attendait la mort, n’osait pas d’abord y croire ; mais enfin, y prêtant quelque croyance, elle répondit que si elle suivait en cela son désir, nulle chose ne lui pourrait advenir de plus heureux que d’être la femme de Théodore, mais que cependant elle ferait ce qu’ordonnerait son père.

« Chacun étant donc d’accord, on maria la jeune fille, et la fête fut très grande, à l’extrême satisfaction de tous les citoyens. La jeune fille, s’étant rétablie et faisant élever son petit enfant, redevint en peu de temps plus belle que jamais ; et s’étant relevée de ses couches, elle se présenta devant Fineo, à son retour de Rome, et le salua comme son père ; quant à lui, fort satisfait d’une si belle bru, il fit célébrer les noces en grandissime fête et allégresse, et accueillit Violante comme sa fille et la tint pour telle. Quelques jours après, étant monté avec elle, son fils et son petit-fils sur sa galère, il les emmena avec lui à Lajazzo, où les deux amants demeurèrent en paix et dans une profonde tranquillité tant qu’ils vécurent. — »



NOUVELLE VIII


Nastagio degli Onesti aimant une dame de la famille des Traversari, dépense toute sa fortune sans parvenir à se faire aimer. Sur les instances des siens, il s’en va à Chiassi. Là, il voit un chevalier donner la chasse à une jeune femme, la tuer et la donner à dévorer à deux chiens. Il invite à déjeuner ses parents et la dame qu’il aime, et celle-ci voit la même jeune femme subir le susdit supplice. Craignant qu’il ne lui en arrive autant, elle consent à prendre Nastagio pour mari.


Dès que Lauretta se tut, Philomène, sur l’ordre de la reine commença : « — Aimables dames, si la compassion est une vertu qu’on loue beaucoup en nous, la cruauté dont