Page:Boccace - Décaméron.djvu/362

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  La splendeur qui sort de ses beaux yeux,
     Avant ta flamme m’embrasa le cœur,
     Passant au travers des miens.
     Combien grande est ta puissance,
     C’est son beau visage qui me l’a fait connaître ;
     En le voyant
     Je sentis que je délaissais
     Toutes les vertus, et que je les mettais au dessous d’elle,
     Devenue la nouvelle occasion de mes soupirs.

  C’est ainsi que je suis devenu l’un des tiens,
     Cher seigneur, et que, soumis, j’attends
     Merci de ta puissance.
     Mais je ne sais si elle connaît entièrement
     L’immense désir qu’elle m’a mis au cœur,
     Ni mon entière fidélité,
     Celle qui possède tellement
     Mon âme, que je ne voudrais pas recevoir.
     Contentement, sinon d’elle.

  Pour quoi, je te prie, mon doux Seigneur,
     Que tu le lui fasses voir, et que tu lui fasses sentir
     Un peu de ton feu
     Pour mon service, afin qu’elle voie
     Que je me consume d’amour, et que, dans mon martyre,
     Je me meurs peu à peu.
     Et puis, quand il sera temps,
     Recommande-moi à elle, comme tu dois,
     Car j’irais volontiers le faire avec toi.


Quand Dioneo, en se taisant, montra que sa chanson était finie, la reine en fit dire encore beaucoup d’autres, après avoir toutefois fort loué celle de Dioneo. Mais une bonne partie de la nuit étant déjà écoulée, et la reine sentant que la chaleur du jour était vaincue par la fraîcheur de la nuit, elle ordonna que chacun allât se reposer à sa fantaisie jusqu’au lendemain.