Page:Boccace - Décaméron.djvu/402

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me reviens à la maison, quand tu devrais être à travailler ! — »

« Eh ! femme — dit le mari — ne te fais, par Dieu, pas de chagrin. Tu dois savoir que je connais qui tu es, et certes ce matin je m’en suis bien aperçu. Il est vrai que j’étais parti pour travailler, mais je vois que tu ne sais pas, comme je l’ignorais moi-même, que c’est aujourd’hui la fête de San Galeone, et qu’on ne travaille pas ; pour quoi, je suis revenu à la maison. Mais j’ai néanmoins pourvu à la chose et trouvé moyen d’avoir du pain pour plus d’un mois, car j’ai vendu à celui que tu vois avec moi le cuvier que tu sais, et qui embarrasse depuis si longtemps la maison ; et il m’en donne cinq sequins. — » Peronella dit alors : — Et j’en suis fâchée ; toi qui es un homme, et qui vas partout et qui devrais être au courant des choses, tu as vendu cinq sequins un cuvier que moi, femme, qui ne sors presque jamais, et voyant l’embarras qu’il nous causait, j’ai vendu sept sequins à un brave homme qui venait d’y entrer comme tu es revenu, pour voir s’il était en bon état. — » Quand le mari entendit cela, il fut plus que content et dit à celui qui était venu avec lui : « — Mon brave homme, va-t-en avec Dieu ; tu entends que ma femme l’a vendu sept sequins, tandis que tu ne m’en donnes que cinq. — » Le bon homme dit : « — À la bonne heure ! — » Et il s’en alla.

« Peronella dit alors à son mari : « — Viens, toi, puisque tu es ici, et règle avec lui nos affaires. — » Giannello, qui se tenait les oreilles dressées, pour voir ce qu’il avait à craindre ou à espérer, oyant les paroles de Peronella, sortit précipitamment du cuvier, et, comme s’il n’avait rien entendu de l’arrivée du mari, il se mit à dire : « — Où es-tu, brave femme ? — » À quoi le mari, qui était entré, dit : — Me voici, que veux-tu ? — » Giannello dit : « — Qui es-tu ? Je demande la femme avec qui j’ai fait marché de ce cuvier. — » Le bonhomme dit : « — Fais sans crainte avec moi, car je suis son mari. — » Giannello dit alors : « — Le cuvier me paraît en bon état, mais il me semble que vous y avez tenu des ordures, car il est tout embrenné de je ne sais quoi de sec que je ne peux enlever avec les ongles ; et je ne le prendrais pas avant de le voir nettoyé. — » Peronella dit alors : « — Non, le marché ne sera point rompu pour cela ; mon mari va tout le nettoyer. — » Et le mari dit : « — Oui, bien. — » Et ayant déposé ses outils, et s’étant mis en manches de chemise, il se fit donner une lumière et un racloir ; puis il entra dans le cuvier et se mit à racler. Et Peronella, comme si elle voulait voir ce qu’il faisait, mit la tête à l’ouverture du cuvier qui n’était pas grande, et passant aussi l’un de ses bras et toute l’épaule,